La Fabrique de Bordeaux Métropole propose des cartes blanches, confiées à des photographes, pour raconter des histoires visuelles sur des sites urbains souvent peu attirants. Ces récits nourrissent ensuite la réflexion architecturale et urbaine, et donnent parfois lieu à des expositions mêlant photographie, architecture et urbanisme comme « Habiter le monde » (2022) et « Nouvelles Saisons » (2025) à Bordeaux. L’objectif est de créer un dialogue entre regards artistiques et professionnels, en prolongement des démarches de transformation des territoires initiées par la Datar dans les années 1980. « Théa Guéniot pratique une photographie assez instinctive, cherchant avant tout à susciter des histoires chez ceux qui les regardent. Elle porte ensuite toute son attention à l’ordre des images, leur format et leur rythme. Cette articulation entre la photographie et sa monstration s’illustre dans le mélange des séries qu’elle a proposé à la suite de ses deux cartes blanches. L’accrochage en constellation qui mêle noir et blanc et couleur, histoires et territoires propose une nouvelle narration à la subjectivité assumée. Des bottes abandonnées, un chien à la mine patibulaire ou un intérieur dévasté occupé par un néon éteint au premier plan sont autant de points de départ qui poussent le spectateur à inventer son récit. Les prises de vue nocturnes éclairées à la lampe torche sur arrière-plan aux allures de terrains vagues renforcent les sensations d’inquiétude. À Cardinal Richaud (Bordeaux) ou à Bruges, Théa Guéniot accentue le côté glauque de ces univers où les objets du quotidien et les situations rencontrées marquent par leur étrangeté. Si elle se concentre dans ses autres séries sur les rencontres fugaces entre passants d’aéroports, de places urbaines ou de lieux touristiques, elle constate avec ce travail mené dans la métropole bordelaise que « regarder le vide est tout aussi intéressant ». Texte de Fanny Léglise