Si loin, si près est un travail plastique que je développe au fil des années, qui s’attache à collecter des fragments de souvenirs, de sensations et d’atmosphères liés à mon enfance en Polynésie française. Issue d’une famille métropolitaine, j’ai grandi à Tahiti, île que j’ai quittée il y a maintenant plusieurs années. Aujourd’hui installée en France hexagonale, et ayant encore de la famille en Polynésie, je tente de saisir ce qui continue de me relier à cette terre : des amis, des paysages marins familiers, des réminiscences d’enfance. Ces images naissent aussi bien lors de mes retours sur l’île qu’au cœur de mon quotidien éloigné. À travers cette série en constante évolution, j’explore mon identité de fille d’expatriés et la relation ambivalente qui me lie à Tahiti : un attachement profond à cette île, traversé par un sentiment de culpabilité d’y être née, hérité d’une histoire coloniale encore bien présente. Dans le désir de rompre avec ce cycle de dépossession et d’appropriation de Tahiti, souvent banalisé par le temps et les grands récits nationaux, je cherche aujourd’hui à donner forme à ce sentiment d’illégitimité, intime, familial et générationnel. À partir de ces fragments, j’interroge la possibilité d’une pratique artistique juste et non extractiviste lorsque l’on est né du côté de l’oppresseur historique, tout en explorant l’impact de nos vies sur ce territoire et, en miroir, l’empreinte que ce territoire a laissée sur les nôtres.